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ESSAIS ET CRRITIQUE D ’ART

Jules Saint-Aubin
Critique d’art – Cambridge Art Magazine

Le sens de la composition de Catherine de Saugy, comme ses dispositions pour la couleur auraient suffit à construire une œuvre intéressante basée sur l’huile ou l’acrylique sur toile, mais ce serait méconnaître le caractère chercheur et l’esprit éveillé de l’artiste.

Au seuil d’une conscience nouvelle, de Saugy était en quête d’une nouvelle méthode de travail que ni la forme habituelle, ni l’espace connu ne pouvait lui fournir. Il lui fallait découvrir un moyen d’expression possédant une signification inexplorée, non seulement dans son acception picturale, mais aussi en termes de méthodes.

Nouveaux produits, nouvelles matières, récentes techniques que l’industrie propose, rien ne lui échappe qui puisse contribuer à construire la cathédrale de lumière engendrée par sa vision d’artiste. Les essais se succédant, son choix se porte sur le verre acrylique ou plexi qui sera le support exprimant pleinement ses envies de lumières.

L’œuvre est composée sur toile, puis photographiée et l’artiste procède à un complexe traitement numérique. Ces transformations permettent à l’oeuvre de se révéler en une composition abstraite surréaliste qui sera réalisées par des encres au dos des panneaux transparents.

Les effets de profondeur de champ du plexi et le renvoi d’éclats lumineux rompent les limites traditionnelles de l’espace, la technique génère d’une manière étonnante  un nouveau flux de particules. Ses noirs, ses bleus ou ses gris sont générateurs d’un  rythme sidéral modulant les jeux aléatoires des formes, des lignes et des couleurs.  Le chaud et le froid se côtoient dans un lyrisme improbable et vigoureux, ou nous fait découvrir des contours géométriques qu’effleure une sensualité musicale.

S’il est une œuvre qui vous emporte dans un royaume de lumière, c’est bien celle de Catherine de Saugy. La distance, l’angle de vision, le niveau d’éclairage et même votre humeur, changeront subtilement le contenu d’une œuvre, devenue instantanément vivante. Tout est résonance et vibration pour un surréalisme qui entend restituer ses droits à l’imagination.

En dehors des courants passagers, habitée par la foi d’une découverte singulière, L’artiste se donne entièrement à son œuvre, heureuse d’extérioriser sa confiance dans la lumière et dans sa technique, nous sommes en présence d’un travail remarquable en termes de modernité et de recherche artistique.

Voilà une œuvre qui pourrait bien constituer par son caractère novateur, une contribution remarquable à l’histoire de l’art contemporain, ce qui saurait expliquer l’intérêt grandissant des collectionneurs.

Extraits - 2008

 

 

* * *

Elizabeth Auzan
Galeriste et collectionneur

La musique des sphères…
Les oeuvres de
Catherine de Saugy

Quand on découvre l’œuvre de Saugy, on est d’abord frappé par le mouvement, la puissance et l’équilibre, puis par une précarité calculée et le foisonnement de couleurs profondes de ses très grands tableaux.

Dans une œuvre telle que « Blowing » les nuances de bleu suggèrent l’eau mais les ocres complémentaires évoquent plutôt le désert. Tout est voilé comme par des nuages. Où sommes-nous ? Serait-ce la planète Terre vue du calme insondable de l’espace ? Libre à nous d’imaginer ce que l’on veut. De Saugy représente sa vision intime du monde qui l’entoure mais l’expérience relève de l’universel. Chacun y apporte son acquis et enrichit l’œuvre à travers ses propres yeux. L’on respire dans ce tourbillon car l’artiste aménage des espaces, des silences d’où l’on peut mieux contempler ces vents stratosphériques.

Pas surprenant d’apprendre que de Saugy est également une musicienne accomplie.  Dans sa façon de présenter cette œuvre en triptyque, elle orchestre savamment les espaces et leur confère une dimension encore plus grande. En somme, la musique des sphères avec l’artiste en premium mobile.  On a envie de plonger dans ses univers mystérieux où le jeu des pleins et des vides est sublimé par l’utilisation d’une technique originale qui joue de la transparence du verre acrylique (…) Un nouveau jeu – d’ombres cette fois – amplifie la sensation onirique du spectateur. En effet, on traverse le miroir pour mieux entrer dans ces paysages étranges, interstellaires ou galactiques (Glaciation), légers. élégants,  où poésie et sérénité riment avec puissance et maturité artistique.

L’œuvre de  Saugy est très contemporaine par son approche technologique mais totalement personnelle et identifiable.

 

 

* * *

Franco Monteforte
Ecrivain – critique d’Art

Ainsi tous les rêves, ceux de Catherine de Saugy, naissent de la nostalgie et la nostalgie d'une absence, de l'aspiration a quelque chose qui ne peut être atteint mais vers lequel on ne peut que de tendre.                                                                                                
Dans le Prélude de Tristan et Iseult de Wagner, les dissonances tendent vers leur harmonique sans jamais s'y résoudre ; elles alimentent non pas la plénitude mais le désir de plénitude, non pas l'illusion d'une fusion totale mais l'aspiration à la totalité, non pas la satisfaction de l'infini, mais le besoin d'infini. En cette secrète aspiration et par un volontaire inassouvissement, la peinture de Saugy porte toute la beauté propre et l'énergie expressive adhérente à l'infinie gamme des sentiments et des nuances de l'existence. 

2001
Le opera di Catherine de Saugy … non sono cose ma signi, vale dire la sostanza stessa delle cose, quella parte di esse che resta imprigionata nella nostra anima e ne alimenta la potenza evocativa e l’energia creativa.

Il me semble que les racines bien ramifiées de Saugy plongent dans le ciel. Il y a dans ses œuvres feu, rêve, énergie, tempête et sourde douleur, fougue et tendresse, tout ce que le ciel promet dans son immensité.

2000

 

ANALYSES

Analyse Artrinet de l’œuvre de
Catherine de SAUGY
par 
Francis Parent,
critique d'art
membre de l'AICA
2009

 

Le texte explicatif associé à chacun des quatre critères analysés (A - formalisme, B - matérialité, C - investissement, D - communication) positionne l’œuvre de l’artiste dans l’histoire de l’art en rappelant éventuellement les courants artistiques auxquels elle se rattache, ou les noms des artistes illustres s’étant exprimés dans une approche voisine.

 

A : FORMALISME
Le premier critère porte sur le formalisme de l’œuvre : que voit-on quand on regarde une œuvre, quel type de formalisation se donne à voir de prime abord ? Est-ce plutôt abstrait, plutôt figuratif, plutôt..., etc. (classé du plus "immatériel" au plus "réaliste").?

A170 :
Abstraitmixte (entre construit géométrique et non construit informel) du "Field Painting" à "l'Expressionnisme Abstrait" ; accaparement de l'espace pictural dans l'accroissement de ses limites "all over" (Mark Rothko, Jackson Pollock, J.P. Riopelle, Joan Michell, Judith Reigl, …).

A130 :
œuvres à jeux optiques subjectifs
suivant les agencements de couleurs et/ou de formes dans ces œuvres, l'imperfection de l'œil humain fait qu'il les perçoit avec des distorsions (photos et "installations" de Georges Rousse, Felice Varini, ...), ou avec des mouvements fictifs, comme dans "l'Art cinétique" "l'Op'Art" (Y. Agam, Victor Vasarely, C. Cruz Diez, J.R. Soto, Bridjet Riley, …).

 

B : MATERIALITE
Le second critère porte sur la matérialité de ce qui est donné à voir. S’agit-il de pur concept, de jeu de matières, d’objet détourné etc. (classé du plus "immatériel" au plus "réel") ?

B180 : en matérialité matérialité mixte : structurée / non structurée lorsqu’une œuvre est "structurée" dans sa "non structuration", et inversement (répétitivités de formes, de signes, de matières... Viallat, Toroni, Degottex, Hantaï,...).
 

B240 :
matériaux ou objets en "Assemblages", collages / décollages, ou "Installations" - objets signifiants ou in-signifiants (voire, rebus de la société) lorsqu’ils sont assemblés dans un nouvel esprit :
- esthétisant, comme chez les "Nouveaux réalistes" (Arman, Spoerri, César, …) ; les "Affichistes" (Jiri Kolar, M. Rotella, R. Hains, ...)
- en parodie comme chez les "Simulationnistes" (Haïm Steinbach, ...)
- en diverses et multiples autres "Installations" comme chez des artistes connus (Christian Boltanski, Edward Kienholz, ...) et surtout chez de nombreux artistes des nouvelles générations.

 

C : INVESTISSEMENT CORPS / ESPRIT
Le troisième critère porte sur « l’investissement » de l’artiste dans son œuvre. Avec quel ratio Corps / Esprit, l'artiste s'investit-il dans son œuvre ? Classé du plus "intellectuel" (p.ex. "l'Art Conceptuel", ...) au plus "physique" (p.ex. le "Body Art", ...).

C120 :
plus vers l’intellectualité / l'essence, travail intérieur, axé plus vers le projectif,  l'onirisme, la poésie, le lyrisme, l'expérience hallucinogène … Pour "projectiver" une intériorité pensée ou rêvée (Henri Michaux, Wols, ...).

 

D : COMMUNICATION
Le quatrième critère porte sur l’aspect « communication » : L'artiste a t-il une volonté délibérée de communiquer à travers ses œuvres un message quelconque ? (classé du plus "spiritualiste" au plus "sociétal").

D110 :
via le signifiéavec des spiritualités diverses, ou du religieux moins marqué
(de Barnett Newman à Mark Rothko, de Roman Opalka à Arnulf Rainer, ...).

D130 :
via le signifiant
en partant du principe que les travaux sur les signifiants forment en eux-mêmes un discours assumé (par exemple: "les châssis" de Daniel Dezeuze, etc. ...)
par ses variations de réalisation :
- sérialité, multiplication (Claude Viallat, Niele Toroni, "figurines" de Antony Gormley, ...).
- accumulation, compression (J. Chamberlain, Arman, César, - subtilités, variabilité des matériaux ("les blancs" de Rober Ryman ; les dissolutions de "matière / vie" comme chez Roman Opalka ou chez On Kawara, ...).

D165 :
plus vers le sociétalautour de "l'Esthétique Relationnelle" ;
"interventions", "Installations" ... (Rirkrit Tiravanija, Thomas Hirschhorn, Mathieu Laurette, ...).